Comment 1 252 industriels prennent leurs décisions en matière de digitalisation

Pour les PME et ETI industrielles, les décisions liées aux outils numériques et à la stratégie digitale ne commencent que rarement par une feuille de route parfaitement définie.
Elles naissent généralement d'une contrainte. Un problème fournisseur qui révèle les limites des processus de planification. Une nouvelle exigence client qui rend la traçabilité incontournable. Ou encore un incident de cybersécurité suffisamment proche pour que la sécurité ne soit plus considérée comme un simple sujet informatique, mais comme une priorité stratégique.
Cette analyse s'appuie sur une étude de Forterro menée auprès de 1 252 décideurs ERP en France, en Allemagne, en Espagne, en Suède et au Royaume-Uni. Elle est également enrichie par l'expérience acquise auprès de 25 000 entreprises industrielles européennes accompagnées par Forterro.
Les enseignements présentés ici ne relèvent pas de la théorie. Ils reflètent les réalités qui influencent les décisions sur le terrain : les priorités des dirigeants, les freins au changement et les facteurs qui accélèrent ou ralentissent la transformation digitale.
Pris ensemble, ces chiffres montrent un constat partagé : les entreprises savent dans quelle direction elles doivent aller, mais beaucoup ont le sentiment de ne pas avancer assez vite et évaluent chaque décision à l'aune de sa compétitivité et de son niveau de risque.
1) Les décisions visent d'abord à réduire les risques avant de créer de nouvelles opportunités
Lorsque les dirigeants évoquent leurs objectifs en matière de transformation digitale, ils ne parlent pas en premier lieu de technologies ou de logiciels. Ils parlent de résultats concrets.
Les principaux objectifs identifiés dans l'étude sont :
- Le reporting ESG (33 %)
- La pérennisation des opérations (30 %)
- La conformité réglementaire (29 %)
- L'amélioration de la productivité (29 %)
Ce constat explique en grande partie la façon dont les projets sont validés en interne.
Les investissements numériques obtiennent plus facilement un soutien lorsqu'ils répondent à un besoin métier clairement identifié, et non lorsqu'ils sont présentés comme de simples modernisations technologiques.
Les projets sont approuvés lorsqu'ils contribuent directement à :
- Maintenir la conformité
- Garantir la continuité des opérations
- Améliorer la productivité
- Renforcer la résilience de l'entreprise
La question n'est pas : « Faut-il moderniser l'entreprise ? »
La véritable question est plutôt : « Quel objectif cherchons-nous à atteindre ou quel risque cherchons-nous à éviter, et quelle est la démarche la plus sûre pour y parvenir ? »
2) Le Cloud n'est plus seulement un choix technologique, mais un choix stratégique
Au sein des PME et ETI industrielles européennes, l'adoption du Cloud est déjà largement engagée et les tendances futures sont clairement identifiées.
Aujourd'hui, 39 % des entreprises utilisent un ERP Cloud. Dans les années à venir, cette préférence devrait atteindre 45 %, tandis que la préférence pour les solutions On-Premise devrait reculer à 20 %.
Mais l'aspect le plus intéressant réside dans les motivations exprimées par les dirigeants.
Les principaux bénéfices attribués à l'ERP Cloud sont très concrets :
- Une réduction de la complexité de l'environnement informatique (27 %)
- Une plus grande flexibilité des modes de paiement (26 %)
- De meilleures performances (25 %)
L'étude met également en évidence une préoccupation croissante : 57 % des répondants considèrent que les entreprises qui retardent leur transition vers le Cloud auront davantage de difficultés à préserver leur position sur le marché.
Comme le résume Thomas Knorr :
Pour les PME et ETI industrielles, le Cloud passe progressivement du statut d'option intéressante à celui de composante essentielle de l'entreprise. »
Cette conclusion s'explique facilement : le Cloud est de plus en plus perçu comme un levier d'amélioration continue, de résilience et d'accès à de nouvelles capacités, bien au-delà de la simple question de l'hébergement logiciel.
3) Le principal frein n'est pas la prise de conscience, mais la capacité à agir
L'un des enseignements majeurs de l'étude est que de nombreuses entreprises savent qu'elles doivent évoluer, mais ne se sentent pas toujours suffisamment armées pour le faire sereinement.
Les chiffres de notre enquête permettent de comprendre pourquoi :
- Les trois principaux déficits identifiés par les entreprises sont la cybersécurité (42%), l'expertise ERP (41%) et la maîtrise de l'intelligence artificielle (40%).
- 37% des répondants ne sont pas confiants dans leur capacité à recruter les compétences digitales dont ils ont besoin.
- 49% estiment déjà que les pénuries de compétences ont affecté leur croissance ou la réalisation de leurs projets, et 55% considèrent que l'adoption des outils numériques a créé un besoin supplémentaire de formation et de montée en compétences.
Ces difficultés ne sont pas théoriques. Elles influencent directement la manière dont les décisions sont prises. Les dirigeants privilégient généralement les approches qui leur paraissent maîtrisables, progressives et réversibles. À l'inverse, ils tendent à éviter les projets de transformation qui reposent sur des compétences dont l'entreprise ne dispose pas encore.
4) La conformité influence désormais directement les investissements
S'il fallait retenir un seul chiffre révélateur de la manière dont les décisions sont prises aujourd'hui, ce serait probablement celui-ci :
- 51 % des répondants considèrent que la conformité constitue un avantage concurrentiel plutôt qu'une contrainte administrative.
Cette donnée indique que les exigences de conformité influencent directement les décisions opérationnelles et les achats technologiques.
Ce constat explique pourquoi des sujets tels que le passeport numérique produit (DPP), la traçabilité ou encore la gouvernance des données sont désormais au cœur des réflexions de modernisation, même lorsqu'il ne s'agit pas officiellement d'un projet de conformité.
La conformité est devenue un élément structurant des arbitrages et des priorités d'investissement.
5) La plupart des décisions s'articulent autour de six objectifs fondamentaux
En prenant du recul, la majorité des décisions digitales observées dans les PME et ETI industrielles peuvent être rattachées à six grands objectifs, qui constituent également les fondements du modèle de maturité digitale de Forterro :
- Résilience - Maintenir la stabilité des opérations malgré les perturbations.
- Sécurité - Protéger les systèmes et les données dans un environnement où les risques augmentent.
- Intelligence - Transformer les données en informations exploitables par les équipes.
- Maîtrise - Piloter efficacement les coûts, les dépenses et la conformité plutôt que découvrir les problèmes une fois qu'ils se sont produits.
- Croissance - Préparer l'entreprise à se développer sans fragiliser son organisation.
- Expérience - Garantir une expérience cohérente pour les collaborateurs comme pour les clients.
Cette approche pragmatique déplace la réflexion, car elle ne porte plus uniquement sur les projets ou les technologies, mais sur les résultats recherchés. C'est précisément à ce moment qu'une stratégie digitale cesse d'être un concept abstrait pour devenir un véritable outil d'aide à la décision.
Ce qu'il faut retenir
L'étude met en évidence une tendance claire : les industriels ne cherchent pas à éviter la transformation digitale. Ils essaient de l'aborder de manière responsable et maîtrisée. Nombreux sont ceux qui considèrent que leur progression est plus lente qu'elle ne devrait être. Beaucoup identifient le Cloud et les modèles hybrides comme une évolution naturelle. Tous doivent trouver le bon équilibre entre ambition, compétences disponibles, conformité réglementaire et maîtrise des risques.
La question n'est donc plus réellement : « Faut-il moderniser l'entreprise ? »
La véritable question est : « Comment prendre les bonnes décisions pour réduire les risques, renforcer la confiance et accélérer les progrès sans perturber les opérations ? »
Structurer sa réflexion pour passer à l'action
Reconnaître la nécessité d'une stratégie digitale ne signifie pas engager immédiatement un programme de transformation.
La première étape consiste à clarifier les priorités, identifier les principales sources de friction et comprendre les actions qui auraient le plus d'impact sur l'activité.
C'est précisément l'objectif de notre guide "Comment construire une stratégie digitale". Il fournit une méthode concrète pour transformer les enjeux opérationnels en un plan d'action clair et réalisable.
Si les défis évoqués dans cet article vous semblent familiers, ce guide constitue un excellent point de départ.
